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Tarif réglementé de l'électricité : ce qu'il protège vraiment, et ce qu'il ne protège pas

Qui y a droit, qui le fixe, comment il a bougé depuis 2025 — et pourquoi le tarif réglementé du gaz, lui, n'existe plus du tout.

Par La rédaction··10 min de lecture
Une femme relève le compteur électrique de son logement, carnet à la main
Une femme relève le compteur électrique de son logement, carnet à la main · Image générée par IA

Dans les conversations de comptoir, le tarif réglementé passe pour un prix bloqué par l’État. C’est une idée fausse, et elle coûte cher à ceux qui s’y fient : le tarif réglementé a augmenté de 2,5 % le 1er août 2026, après avoir baissé de 15 % en février 2025. Ce n’est pas un prix gelé. C’est un prix encadré, calculé selon une méthode publique — ce qui est une protection réelle, mais pas celle qu’on imagine.

Voici ce qu’il fait exactement, et où s’arrête sa protection.

Qui y a droit, et depuis quand c’est plus large

Le tarif réglementé de vente d’électricité — le « Tarif Bleu » — est ouvert de plein droit à tous les particuliers. Il l’est aussi aux professionnels employant moins de dix personnes et dont le chiffre d’affaires ou le total de bilan annuels n’excèdent pas deux millions d’euros.

Un point est passé largement inaperçu : depuis le 1er février 2025, le plafond de 36 kVA de puissance souscrite a été supprimé pour les particuliers, les microentreprises et les petites collectivités. Ceux qui en étaient exclus parce qu’ils avaient une forte puissance installée — une maison tout électrique avec pompe à chaleur et borne de recharge, par exemple — peuvent désormais y accéder.

Environ 19,4 millions de foyers sont au tarif réglementé, auxquels s’ajoutent près de quatre millions de clients dont l’offre de marché est indexée sur lui. Autrement dit, ce tarif détermine directement ou indirectement la facture de la grande majorité des ménages français.

Qui fixe le prix, et selon quelle règle

Contrairement à ce qu’on croit, ce n’est pas l’État qui calcule le tarif. C’est la Commission de régulation de l’énergie, une autorité indépendante, qui le propose. La proposition devient effective si aucun des deux ministres concernés — économie et énergie — ne s’y oppose dans un délai de trois mois.

Le calcul obéit à une méthode inscrite dans la loi, dite de l’empilement des coûts : on additionne le coût d’approvisionnement en énergie, les garanties de capacité, le coût d’acheminement sur les réseaux, le coût de commercialisation, et une rémunération normale de l’activité de fourniture.

C’est là que se situe la vraie protection, et il faut la comprendre pour ne pas se tromper d’attente : le tarif réglementé ne vous protège pas contre la hausse des coûts, il vous protège contre la marge arbitraire. Si l’électricité coûte plus cher à produire ou à transporter, le tarif monte. Ce qu’il empêche, c’est qu’un fournisseur y ajoute ce qu’il veut.

Ce que ça a donné concrètement depuis 2025

Le tarif évolue deux fois par an, en février et en août. Voici les quatre derniers mouvements.

Graphique

Évolution du tarif réglementé de l'électricité depuis 2025

Variation moyenne toutes taxes comprises à chaque révision, pour les puissances inférieures ou égales à 36 kVA.

1ᵉʳ février 2025
-15 %
1ᵉʳ août 2025
-0,34 %
1ᵉʳ février 2026
-0,83 %
1ᵉʳ août 2026
+2,5 %
Voir les données chiffrées
Évolution du tarif réglementé de l'électricité depuis 2025
 Variation TTC
1ᵉʳ février 2025-15 %
1ᵉʳ août 2025-0,34 %
1ᵉʳ février 2026-0,83 %
1ᵉʳ août 2026+2,5 %

Source : Délibérations de la CRE, 2025 et 2026

La baisse de février 2025 a été spectaculaire : −15 % toutes taxes comprises, le tarif passant de 281 à 239 euros TTC le mégawattheure. Pour un ménage consommant 4,4 MWh par an, la facture annuelle reculait d’environ 190 euros.

Ce qui est remarquable, c’est que cette baisse a été obtenue malgré deux hausses simultanées : l’accise sur l’électricité passait de 21 à 33,70 euros le mégawattheure, et le tarif d’acheminement augmentait de 7,7 %. C’est l’effondrement du coût d’approvisionnement en énergie qui a tout absorbé.

Depuis, la stabilité domine : quasi-neutre en août 2025, légère baisse en février 2026, puis +2,5 % TTC au 1er août 2026 — soit environ 26 euros de plus par an pour un ménage consommant 4,5 MWh, dont la facture passe à 1 072 euros TTC. Cette dernière hausse vient de l’acheminement et du mécanisme de capacité, partiellement compensés par une petite baisse de l’accise.

Le gaz : le tarif réglementé n’existe plus

Voilà le point que beaucoup de ménages ignorent encore.

Les tarifs réglementés de vente de gaz ont définitivement pris fin le 30 juin 2023, en application de la loi énergie-climat de 2019. Les clients qui y étaient encore — de l’ordre de 2,6 millions de foyers — ont été automatiquement basculés le 1er juillet 2023 vers une offre par défaut de leur fournisseur historique.

À la place, la CRE publie chaque mois un prix repère de vente de gaz naturel. Le mot important est repère : ce prix est purement indicatif. La CRE écrit noir sur blanc que « les fournisseurs construisent librement leurs offres ». Ce n’est pas un tarif, ce n’est pas un plafond, c’est une référence de comparaison.

Sa volatilité illustre bien la différence de régime : −4,8 % au 1er juin 2026, puis +7,4 % le mois suivant. Là où l’électricité bouge deux fois par an selon une méthode encadrée, le gaz suit le marché au mois le mois.

Ce qu’il faut en retenir avant de choisir une offre

Le tarif réglementé n’est pas forcément le moins cher. Il est une référence lisible et un filet de sécurité, pas une garantie du meilleur prix. Des offres de marché descendent sous son niveau — d’autres montent bien au-dessus.

Il est en revanche un excellent étalon. Une offre de marché s’évalue toujours par comparaison avec lui, y compris les offres « indexées », qui promettent un pourcentage de remise sur ce tarif : encore faut-il vérifier sur quelle partie de la facture porte la remise, et pour combien de temps elle est garantie.

Et il reste réversible. C’est ce qui rend la comparaison peu risquée : tester une offre de marché n’engage pas définitivement, puisque le retour au tarif réglementé se fait sans frais.

Reste à faire le calcul sur votre consommation réelle plutôt que sur des moyennes — la seule façon de savoir si le changement vaut la peine. Comparer les offres disponibles sur votre profil prend quelques minutes et donne un ordre de grandeur chiffré.

Un dernier repère utile : depuis février 2026, l’approvisionnement du tarif réglementé est valorisé à 100 % au prix de marché de gros, l’ancien dispositif d’accès à l’électricité nucléaire ayant pris fin. Le tarif réglementé est donc désormais bien plus exposé aux mouvements du marché qu’il ne l’était les quinze années précédentes — une raison de plus de le surveiller plutôt que de le considérer comme acquis.

Sources

  1. Comprendre les tarifs réglementés de vente d'électricité — Commission de régulation de l'énergie — consulté le 2 août 2026
  2. Article L337-7 du code de l'énergie — conditions d'éligibilité au tarif réglementé — consulté le 2 août 2026
  3. La CRE propose une évolution du niveau moyen des TRVE de +2,5 % TTC au 1er août 2026 — consulté le 2 août 2026
  4. La CRE propose une baisse moyenne de -15 % des TRVE TTC au 1er février 2025 — consulté le 2 août 2026
  5. Prix repère de vente de gaz naturel pour les clients résidentiels — CRE — consulté le 2 août 2026
  6. Fin des tarifs réglementés sur le gaz — Service-Public — consulté le 2 août 2026
  7. Commercialisation de l'électricité — Ministère de la Transition écologique — consulté le 2 août 2026

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