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Puissance souscrite : jusqu'à 3 millions de foyers paient un abonnement électrique qu'ils n'utilisent jamais

Une partie de votre facture d'électricité se paie même à zéro watt consommé. Plusieurs études chiffrent le surdimensionnement — voici comment vérifier votre cas.

Par La rédaction··9 min de lecture
Un compteur électrique Linky fixé au mur, avec ses voyants lumineux visibles dans la pénombre
Un compteur électrique Linky fixé au mur, avec ses voyants lumineux visibles dans la pénombre · Image générée par IA

Éteignez tout dans votre logement. Débranchez le frigo, coupez le disjoncteur général, partez une semaine. Il y a une ligne de votre facture d’électricité qui continue de tourner : l’abonnement.

Ce n’est pas un scandale en soi — un réseau électrique a un coût fixe, qu’on l’utilise ou non. Le problème, c’est que ce montant fixe dépend d’un chiffre, la puissance souscrite, que beaucoup de foyers n’ont jamais vérifié depuis des années. Et plusieurs études convergent sur un constat : une part significative des Français paie pour une puissance plus élevée que nécessaire.

Ce que vous payez, que vous consommiez ou pas

Sur une facture d’électricité, deux lignes obéissent à des logiques opposées. La consommation se facture au kilowattheure réellement utilisé — zéro conso, zéro euro sur cette ligne. L’abonnement, lui, se facture selon la puissance souscrite, exprimée en kilovoltampères (kVA) : c’est le débit maximal que vous vous réservez sur le réseau, pas ce que vous consommez réellement.

Au barème du tarif réglementé en vigueur depuis le 1er août 2026, l’écart entre deux niveaux de puissance est déjà conséquent :

Puissance souscrite Abonnement annuel TTC Usage typique
3 kVA 145,56 € Studio sans chauffage électrique
6 kVA 190,32 € Logement de moins de 80 m², équipement standard
9 kVA 238,56 € Logement de plus de 100 m², équipement nombreux
12 kVA 285,12 € Grande maison chauffée à l’électrique
15 kVA 328,80 € Installation électrique lourde (pompe à chaleur, borne de recharge)

Entre 6 et 9 kVA, l’écart est de 48,24 euros par an. Entre 9 et 12 kVA, encore 46,56 euros. Ce sont des montants qui se paient chaque année, qu’on utilise cette puissance une seule fois dans l’année ou jamais.

48,24 €Écart d'abonnement annuel entre une puissance souscrite de 6 kVA et de 9 kVA, au tarif réglementé en option Base au 1ᵉʳ août 2026

Mis bout à bout, l’écart change d’échelle. Un foyer qui reste sur 9 kVA pendant dix ans alors que 6 kVA lui suffiraient paie, sur cette seule ligne, un peu plus de 480 euros sur la décennie — sans qu’aucune facture ne le signale, puisque l’abonnement est strictement conforme au contrat signé. Ce n’est un abus de personne : c’est un contrat qui n’a simplement jamais été revu.

Pourquoi tant de compteurs sont surdimensionnés

Personne ne choisit sa puissance souscrite par plaisir de payer plus. Le surdimensionnement vient presque toujours d’un héritage : un ancien logement plus grand, un chauffage électrique remplacé par un poêle ou une pompe à chaleur plus économe, un installateur qui a vu large « pour ne pas avoir de problème », ou simplement un contrat jamais revu depuis l’emménagement — parfois depuis quinze ou vingt ans.

Or la puissance nécessaire ne dépend pas de la surface du logement seule, mais du nombre d’appareils susceptibles de fonctionner en même temps. Un couple sans chauffage électrique dans un 90 m² peut très bien tenir en 6 kVA ; un studio équipé d’un radiateur électrique d’appoint peut, lui, déclencher des disjonctions en 3 kVA.

Ce que disent les études — et pourquoi les chiffres varient

C’est le point où il faut de la rigueur plutôt que de la facilité : il n’existe pas, à notre connaissance, une étude publique unique et incontestable qui chiffrerait le surdimensionnement au niveau national. Ce qui existe, ce sont plusieurs études menées par des acteurs du secteur sur leurs propres bases d’utilisateurs — et elles ne racontent pas exactement la même ampleur, ce qui est en soi une information utile.

Une étude du comparateur Hello Watt, publiée en juillet 2025, chiffre à environ 3 millions de foyers — soit 8,7 % des 34,9 millions de compteurs résidentiels français — la part des foyers en situation de surdimensionnement identifiable, pour un gain moyen estimé à 60 euros par an et par foyer, soit un total de l’ordre de 180 millions d’euros à l’échelle du pays. Cette même étude montre que le phénomène s’aggrave avec le niveau de puissance : environ 1,6 % des abonnés en 6 kVA seraient concernés, contre 26,7 % en 12 kVA et jusqu’à 64,6 % des abonnés en 18 kVA.

Graphique

Part des foyers en situation de surdimensionnement, par puissance souscrite

Estimation d'un comparateur d'énergie à partir des données d'ajustement de ses utilisateurs, juillet 2025.

6 kVA
1,6 %
9 kVA
7,3 %
12 kVA
26,7 %
15 kVA
50,7 %
18 kVA
64,6 %
Voir les données chiffrées
Part des foyers en situation de surdimensionnement, par puissance souscrite
 Part surdimensionnée
6 kVA1,6 %
9 kVA7,3 %
12 kVA26,7 %
15 kVA50,7 %
18 kVA64,6 %

Source : Hello Watt, étude juillet 2025

De son côté, UFC-Que Choisir a relayé les données d’un fournisseur alternatif qui propose un simulateur gratuit de puissance : sur les 158 000 premiers particuliers ayant utilisé cet outil, la moitié avait souscrit un contrat à une puissance trop élevée par rapport à ses besoins réels.

L’écart entre ces deux chiffres — moins de 9 % dans un cas, la moitié dans l’autre — s’explique en grande partie par la méthode : la première étude porte sur l’ensemble des foyers français, la seconde sur les seules personnes qui ont eu la curiosité d’utiliser un outil de simulation, ce qui n’est probablement pas un échantillon représentatif de la population générale. Ce que les deux études ont en commun, en revanche, c’est le sens de l’écart : dans tous les cas documentés, la surprise va dans la même direction, celle du surdimensionnement, jamais celle du sous-dimensionnement.

Comment vérifier votre propre cas

La bonne nouvelle, c’est que la vérification ne demande ni outil compliqué ni rendez-vous technicien.

Première méthode : regarder son compteur Linky. L’écran affiche la puissance maximale atteinte récemment. Si elle plafonne loin en dessous de la puissance souscrite inscrite sur votre contrat, c’est un premier indice.

Deuxième méthode : lire son historique de consommation. L’espace client de votre fournisseur, alimenté par les données Linky, permet de visualiser la puissance maximale appelée sur les douze derniers mois. C’est la donnée la plus fiable, parce qu’elle couvre les pointes hivernales — chauffage, eau chaude et gros électroménager en même temps — qui sont précisément les moments où une puissance trop basse déclencherait une disjonction.

Troisième méthode : les simulateurs gratuits. Plusieurs fournisseurs et le médiateur national de l’énergie proposent des outils de calcul en ligne à partir du descriptif de votre logement et de vos équipements.

Ces trois méthodes se complètent plus qu’elles ne se remplacent. Le compteur donne une photo instantanée, l’historique donne une vision sur l’année entière — donc sur l’hiver, le moment où la puissance appelée est la plus haute — et le simulateur permet de recouper avec ce que d’autres foyers comparables utilisent réellement. Croiser au moins deux de ces sources avant de décider limite le risque de se tromper dans un sens comme dans l’autre.

Revoir sa puissance, en pratique

Changer de puissance souscrite passe par votre fournisseur, pas directement par Enedis, le gestionnaire du réseau. Sur un compteur Linky, la modification est réalisée à distance, sans intervention technique, généralement en moins de 24 heures.

Sur le coût de l’opération, la règle a un détail qu’on ne lit pas souvent : Enedis précise que l’intervention n’est pas facturée dans l’année qui suit l’installation du compteur Linky. Passé ce délai — la situation de la grande majorité des foyers aujourd’hui, le déploiement de Linky étant achevé depuis plusieurs années — un changement de puissance coûte en général quelques euros, de l’ordre de 4 à 5 euros TTC, un montant à mettre en regard des économies annuelles réalisées si la baisse est justifiée.

Une puissance élevée n’est pas toujours une erreur

Tout ce qui précède ne veut pas dire qu’il faut systématiquement viser la puissance la plus basse possible. Dans certains cas, une puissance généreuse est une décision parfaitement rationnelle, pas un oubli.

L’exemple le plus net est la recharge d’un véhicule électrique à domicile. Une borne domestique de 7,4 kW en monophasé nécessite déjà, à elle seule, une puissance proche de sa propre valeur en kVA ; pour qu’elle puisse fonctionner en même temps que le reste du logement sans déclencher de disjonction, les guides spécialisés recommandent en général de rester sous 80 % de la puissance souscrite au moment de la recharge — soit, pour une borne de 7,4 kW, une puissance souscrite d’au moins 9 kVA. Une pompe à chaleur, un grand ballon d’eau chaude électrique ou un four et une plaque de cuisson à induction utilisés en même temps ont le même effet cumulatif.

Le bon réflexe n’est donc pas « prendre le kVA le plus bas », mais « prendre le kVA qui correspond aux usages simultanés réels » — ce qui, pour une bonne partie des foyers sans équipement lourd, reste effectivement plus bas que ce qu’indique leur contrat actuel.

Ce qu’il faut retenir

L’abonnement n’est pas une variable secondaire de la facture. Sur une consommation moyenne, il représente une part fixe qui ne bouge pas d’un centime selon vos efforts de sobriété — contrairement au prix du kilowattheure, sur lequel chaque geste compte.

Le surdimensionnement est documenté, pas anecdotique. Les études disponibles divergent sur l’ampleur exacte, mais convergent toutes sur l’existence du phénomène, à des degrés qui montent avec le niveau de puissance.

La vérification est gratuite ou presque, et sans risque si elle est bien faite. Vérifier sa puissance maximale appelée sur les douze derniers mois avant de baisser son abonnement est le seul geste qui protège à la fois le portefeuille et le confort.

Une fois la puissance ajustée à la bonne valeur, il reste l’autre levier, celui du prix du kilowattheure lui-même : comparer les offres sur votre consommation réelle permet de savoir si votre fournisseur actuel reste compétitif sur cette part-là de la facture.

Sources

  1. Facture d'électricité : pourquoi c'est le moment de vérifier que vous avez souscrit à la bonne puissance — UFC-Que Choisir — consulté le 13 août 2026
  2. Étude sur le surdimensionnement de la puissance souscrite — Hello Watt, juillet 2025 — consulté le 13 août 2026
  3. Grille tarifaire du tarif réglementé par puissance souscrite, option Base, au 1er août 2026 — consulté le 13 août 2026
  4. La CRE propose une évolution du niveau moyen des TRVE de +2,5 % TTC au 1er août 2026 — consulté le 13 août 2026
  5. Compteur Linky : quelle puissance choisir ? — Enedis — consulté le 13 août 2026
  6. Je souhaite changer de fournisseur d'électricité ou de gaz naturel ? — Médiateur national de l'énergie — consulté le 13 août 2026
  7. Voiture électrique : quelle puissance de borne de recharge choisir ? — Kelwatt — consulté le 13 août 2026

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