Changer de fournisseur d'électricité : les 60 % de la facture qu'aucune remise ne peut toucher
Réseau, taxes, TVA : une majorité de votre facture d'électricité est identique chez tous les fournisseurs. Voici la vraie marge de manœuvre, chiffres CRE à l'appui.

« Jusqu’à 20 % de remise. » « Économisez sur votre facture. » Ces phrases sont partout dès qu’il s’agit de changer de fournisseur d’électricité. Elles ne sont pas fausses. Mais elles portent presque toujours sur un seul chiffre — le prix affiché du kilowattheure — sans jamais préciser sur quelle partie de la facture ce pourcentage s’applique réellement.
Voici ce que change un changement de fournisseur. Et surtout, ce qu’il ne change jamais, quelle que soit l’offre choisie.
Une facture, trois natures de dépense
La Commission de régulation de l’énergie (CRE), l’autorité publique qui encadre le secteur, publie la décomposition officielle d’une facture d’électricité au tarif réglementé. Elle distingue trois blocs de nature complètement différente.
Ce que couvre une facture d'électricité
Répartition des postes de coûts pour un client résidentiel au tarif réglementé.
Voir les données chiffrées
| Part de la facture | |
|---|---|
| Fourniture — l'électricité elle-même | 40 % |
| Réseau — acheminement (TURPE) | 28 % |
| TVA | 17 % |
| Accise sur l'électricité | 13 % |
| CTA — retraites des industries électriques | 2 % |
Un seul de ces blocs varie réellement selon le fournisseur choisi : la fourniture, c’est-à-dire l’achat de l’électricité, sa commercialisation et la marge du fournisseur. Elle représente environ 40 % de la facture.
Le reste — 60 % — est identique, au centime près, chez n’importe quel fournisseur.
Le réseau : vous payez le même tuyau, quel que soit le vendeur d’eau
Le TURPE — tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité — finance les lignes, les postes de transformation et les interventions techniques. Il pèse environ 28 % de la facture, et il est fixé par la CRE, pas par les fournisseurs.
L’image la plus simple : votre fournisseur ne possède pas le réseau. Qu’il s’appelle comme il veut, l’électricité qui arrive chez vous passe par les mêmes câbles, gérés par le même gestionnaire de réseau. Changer de fournisseur revient à changer de vendeur d’eau en gardant exactement la même tuyauterie — le prix du tuyau ne bouge pas.
Ce tarif évolue, mais uniquement par décision de la CRE : au 1er août 2026, il a par exemple augmenté de plus de 3 % pour la distribution, ce qui a mécaniquement contribué à la hausse moyenne de 2,5 % TTC des tarifs réglementés à la même date — une hausse que subissent, dans les mêmes proportions, les clients au tarif réglementé comme les clients d’un fournisseur alternatif.
Pourquoi cette part-là seulement est ouverte à la concurrence
Cette séparation n’a rien d’un hasard : elle vient d’un choix de politique publique. Le marché français de l’électricité s’est ouvert à la concurrence en deux temps — aux professionnels en 2004, puis à l’ensemble des particuliers à partir du 1er juillet 2007, date à laquelle a pris fin le monopole légal de commercialisation détenu jusqu’alors par l’opérateur historique. Mais cette ouverture n’a porté que sur la vente de l’électricité — l’activité de fourniture. Le transport et la distribution, eux, sont restés un monopole naturel confié à un gestionnaire de réseau unique : il n’existe et ne peut exister qu’un seul jeu de câbles et de compteurs par territoire, faire concurrence dessus n’aurait aucun sens technique.
C’est cette architecture, décidée il y a près de vingt ans et toujours en vigueur, qui explique pourquoi un secteur censé être « libéralisé » garde 60 % de son prix totalement soustrait à la concurrence commerciale.
Les taxes : l’État facture pareil pour tout le monde
Le second bloc — 32 % de la facture — regroupe la fiscalité : TVA, accise sur l’électricité, et contribution tarifaire d’acheminement (CTA).
Depuis le 1er août 2025, la TVA est à 20 % sur l’intégralité de la facture, abonnement compris — un taux unique qui s’applique à tous les fournisseurs sans exception, puisqu’il s’agit d’une règle fiscale et non d’une politique commerciale. L’accise sur l’électricité est perçue pour le compte de l’État, à un montant par mégawattheure identique partout. La CTA finance les retraites du régime spécial des industries électriques et gazières, selon un taux national.
Ce qui reste vraiment négociable
Il reste donc 40 % de la facture — la fourniture — sur lequel la concurrence peut réellement jouer. C’est loin d’être négligeable : sur la facture annuelle moyenne d’environ 1 072 euros que retient la CRE pour un ménage résidentiel au 1er août 2026, cela représente environ 430 euros de dépense sur laquelle une remise a un effet réel.
Mais c’est là que la communication marketing brouille le calcul. Une offre affichée « à -20 % » ne signifie pas que la facture totale baisse de 20 %. Un exemple observé sur le marché à l’été 2026 : une offre parmi les plus agressives du secteur annonce une remise d’environ 20 % sur le prix hors taxes de la fourniture. Une fois taxes et coûts de réseau réintégrés — puisqu’ils ne bougent pas —, la baisse constatée sur le montant total de la facture, taxes comprises, retombe à environ 16 %.
L’écart entre les deux pourcentages n’est pas une erreur de calcul du fournisseur : c’est la conséquence mécanique du fait que la remise ne porte que sur 40 % de la facture, pas sur sa totalité.
Traduit en euros — c’est ici notre propre calcul, à partir de deux données publiques, et non un chiffre publié tel quel par la CRE — sur la facture annuelle moyenne d’environ 1 072 euros TTC que la CRE retient pour un ménage résidentiel au 1er août 2026, une remise réelle de 16 % sur le total représente une économie de l’ordre de 170 euros par an. C’est loin d’être négligeable — mais c’est un ordre de grandeur très différent de ce que suggère un gros pourcentage affiché en couverture d’une offre commerciale, qui ne précise presque jamais sur quelle base il se calcule.
Ce qui fait bouger le prix de la fourniture, justement
Si cette part de 40 % varie d’un fournisseur à l’autre, c’est parce qu’elle dépend de la façon dont chacun s’approvisionne en électricité avant de vous la revendre. Jusqu’au 31 décembre 2025, l’essentiel du marché reposait sur un dispositif appelé l’ARENH, qui donnait accès à un volume d’électricité nucléaire à un prix plafonné, quel que soit le fournisseur. Ce plancher commun a disparu à cette date, remplacé par un nouveau mécanisme où les fournisseurs achètent davantage aux conditions du marché de gros.
Concrètement, cela veut dire que la partie « fourniture » repose de plus en plus sur les choix d’achat et la politique commerciale propres à chaque acteur — ce qui explique à la fois que des écarts réels existent entre offres, et qu’ils peuvent bouger plus vite d’une année sur l’autre qu’auparavant.
Pourquoi une majorité de Français reste au tarif réglementé
Selon l’observatoire des marchés de détail publié par la CRE, au premier trimestre 2026, sur 35,08 millions de sites résidentiels, 19,37 millions restaient au tarif réglementé (55,2 %), contre 15,71 millions chez un fournisseur en offre de marché (44,8 %). La part des clients au tarif réglementé diminue d’un trimestre à l’autre, mais reste majoritaire.
Cette proportion mérite d’être lue sans jugement dans un sens ou dans l’autre. Rester au tarif réglementé n’est pas une erreur : c’est un choix de simplicité et de stabilité, sur un contrat dont le prix suit une trajectoire publique et lisible. Changer de fournisseur n’est pas non plus un geste réservé aux foyers mal informés : sur les 40 % qui se négocient, l’écart entre la meilleure et la moins bonne offre du marché peut représenter plusieurs dizaines d’euros par an, et davantage sur une consommation élevée.
Le vrai problème n’est pas de rester ou de changer. C’est de croire que l’un ou l’autre choix agit sur 100 % de la facture, alors qu’il n’agit que sur 40 %.
Les peurs qui freinent, et qui ne devraient pas
Une partie de l’attachement au tarif réglementé ne vient pas d’un calcul, mais d’une crainte diffuse sur ce qui se passerait « si ça se passait mal ». Le médiateur national de l’énergie, autorité publique indépendante, est clair sur ce point.
Changer de fournisseur est gratuit : aucun frais ne peut être facturé au titre du changement lui-même. Il n’y a aucune coupure d’électricité pendant l’opération — le courant continue de passer par le même réseau, seul le nom sur la facture change. Il n’y a aucune démarche de résiliation à effectuer auprès de l’ancien fournisseur : c’est le nouveau qui s’en charge, et l’ancien contrat s’arrête automatiquement. Enfin, il n’existe ni engagement de durée ni limite au nombre de changements : on peut, en théorie, changer plusieurs fois dans la même année.
Une seule situation mérite une vraie vigilance : un contrat signé après un démarchage téléphonique ou à domicile. Dans ce cas, la loi accorde un délai de rétractation de 14 jours, sans justification ni pénalité — un délai à utiliser sans hésiter si l’offre a été présentée dans la précipitation.
Ce qu’il faut retenir avant de comparer
Trois blocs, une seule variable. Fourniture, réseau, taxes : seule la fourniture change avec le fournisseur. Le réseau dépend de la CRE, les taxes dépendent de l’État.
60 %, un chiffre à garder en tête à chaque promesse commerciale. C’est la part de la facture sur laquelle aucune remise, aussi spectaculaire soit-elle dans une publicité, ne peut avoir le moindre effet.
Un pourcentage de remise ne vaut rien sans savoir sur quelle base il est calculé. Une remise de 20 % sur le hors-taxes de la fourniture n’est pas une remise de 20 % sur la facture totale.
Cela ne veut pas dire que comparer les offres est inutile — au contraire, sur les 40 % qui bougent réellement, l’écart entre fournisseurs est un vrai levier d’économie. Comparer les offres sur votre consommation réelle reste le seul moyen de savoir, dans votre cas précis, combien ces 40 % représentent vraiment.
Sources
- Comprendre les tarifs réglementés de vente d'électricité — CRE — consulté le 13 août 2026
- La CRE propose une évolution du niveau moyen des TRVE de +2,5 % TTC au 1er août 2026 — consulté le 13 août 2026
- La CRE publie son observatoire des marchés de détail du 1er trimestre 2026 — consulté le 13 août 2026
- Comparatif des prix du kWh des offres de marché face au tarif réglementé, option Base — Fournisseurs-electricite.com, août 2026 — consulté le 13 août 2026
- Je souhaite changer de fournisseur d'électricité ou de gaz naturel ? — Médiateur national de l'énergie — consulté le 13 août 2026
- Présentation du marché de détail de l'électricité — CRE — consulté le 13 août 2026
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