Linky : ce que le compteur a vraiment changé pour votre facture
Refus impossible, facturation pour les récalcitrants, heures creuses déplacées l'après-midi : le point sur ce que le compteur communicant implique concrètement.

Dix ans après les premières poses, le compteur Linky équipe l’écrasante majorité des foyers français : 38,06 millions d’appareils installés à fin juin 2025, soit près de 96 % du parc géré par Enedis. Le débat sur son installation est largement derrière nous. Celui sur ses conséquences pratiques, en revanche, commence à peine — et deux d’entre elles touchent directement votre facture.
Non, on ne peut plus le refuser — la Cour de cassation a tranché
La question est désormais réglée en droit. Le 9 avril 2025, la Cour de cassation a rejeté un pourvoi contestant l’installation d’un compteur communicant, jugeant que la pose « procède de l’exercice, par la société Enedis, de ses prérogatives de gestionnaire d’un réseau public d’électricité ».
Cette décision s’ajoute à une jurisprudence constante : en 2019, le Conseil d’État avait déjà jugé que les communes n’étaient pas compétentes pour s’opposer au déploiement. La CNIL, de son côté, écrit sans détour que la généralisation « résulte d’une obligation légale de modernisation des réseaux qui répond à des directives européennes » et que l’usager n’a « pas le droit de s’opposer au changement du compteur ».
Et depuis août 2025, ne pas en avoir coûte de l’argent
C’est la nouveauté que beaucoup découvrent sur leur facture. Depuis le 1er août 2025, en application d’une délibération de la CRE du 13 mars 2025, les clients dont le compteur n’a pas été remplacé paient une contribution supplémentaire.
| Situation | Montant |
|---|---|
| Compteur non communicant, index transmis au moins une fois par an | 38,90 € par an |
| Compteur non communicant, aucun index transmis depuis plus de 12 mois | 63,74 € par an |
Le premier montant correspond à une composante de « gestion spécifique » facturée 6,48 euros hors taxes tous les deux mois. Le second y ajoute une majoration de 4,14 euros bimestriels, déclenchée par l’absence de relevé.
Deux cas d’exonération existent : lorsque l’impossibilité d’installation vient du gestionnaire de réseau lui-même, et lorsque le client a pris rendez-vous pour la pose — la facturation est alors suspendue jusqu’à l’installation, puis rétablie si le rendez-vous est annulé ou si le client est absent.
Ce que le compteur transmet réellement
Sur la question des données, l’écart entre ce qui est techniquement possible et ce qui est réellement collecté mérite d’être précisé, parce que c’est là que se logent la plupart des malentendus.
Par défaut, le gestionnaire de réseau ne collecte que les index quotidiens : votre consommation globale sur une journée. Rien d’autre.
La courbe de charge fine — consommation heure par heure, voire demi-heure par demi-heure — est techniquement possible, mais la CNIL est explicite : sa collecte « n’est pas automatique » et ces données « ne sont collectées qu’avec l’accord de l’usager ». De même, leur transmission à un tiers, notamment à un fournisseur à des fins commerciales, « ne peut intervenir qu’avec l’accord de l’abonné ».
Un point que peu de gens savent : ces choix se pilotent depuis l’espace client sécurisé du gestionnaire de réseau. On peut y activer ou suspendre la collecte détaillée, la supprimer, autoriser ou retirer la transmission à des tiers — et modifier ces réglages à tout moment.
Précision honnête : ces données sont globales au foyer. Le compteur ne distingue pas les appareils entre eux, contrairement à ce qu’on lit parfois.
La vraie nouveauté : vos heures creuses vont bouger
Voilà le changement le plus concret des prochaines années, et il concerne un foyer sur trois.
La CRE a décidé de déplacer une partie des heures creuses vers le début d’après-midi, pour faire coïncider la consommation avec la production solaire, devenue abondante à ces heures-là. Sur les 14,5 millions de clients en option heures pleines / heures creuses, 11 millions verront leurs plages modifiées.
Réforme des heures creuses : qui est concerné et quand
Sur 14,5 millions de clients en option heures pleines / heures creuses, 3,5 millions respectent déjà les nouvelles règles. Les autres basculent en deux phases.
Voir les données chiffrées
| Nombre de clients | |
|---|---|
| Déjà conformes — aucun changement | 3,5 millions |
| Phase 1 — à partir de novembre 2025 | 1,7 millions |
| Phase 2 — de fin 2026 à fin 2027 | 9,3 millions |
Source : CRE, FAQ du 6 février 2025, et Enedis, communiqué du 15 octobre 2025
Les règles du nouveau découpage sont précises :
- le nombre d’heures creuses ne change pas : huit heures par jour ;
- en été, du 1er avril au 31 octobre, au moins deux heures creuses se situeront l’après-midi, dans la fenêtre 11 h – 17 h ;
- tous les clients conservent au moins cinq heures creuses la nuit ;
- en hiver, du 1er novembre au 31 mars, les huit heures peuvent redevenir intégralement nocturnes.
Sont concernés ceux dont les heures creuses tombent aujourd’hui entre 7 h et 11 h ou entre 17 h et 23 h. Les offres Tempo, les « heures super creuses », les formules semaine / week-end et les offres indexées sur un prix de marché ne sont pas visées. La Corse et l’outre-mer non plus.
Un détail qui compte : on ne choisit pas ses heures creuses. Elles sont déterminées par le gestionnaire de réseau, pas par le client ni par le fournisseur.
Un bénéfice réel, rarement exploité
Le compteur communicant permet de modifier à distance la puissance souscrite et l’option tarifaire, sans intervention d’un technicien. Selon le barème des prestations en vigueur au 1er août 2026, le passage d’une option Base à Heures creuses téléopéré n’est pas facturé, et une modification de puissance souscrite coûte 3,60 euros. Une réduction de puissance n’est jamais facturée.
Cela mérite d’y regarder, parce que l’abonnement se paie même quand on ne consomme rien : sur le barème du 1er février 2026, passer de 9 kVA à 6 kVA fait tomber la part fixe d’environ 236 à 188 euros par an. Beaucoup de foyers paient une puissance dimensionnée pour un chauffage électrique qu’ils n’ont plus.
Une réserve honnête : ce sont les tarifs régulés du gestionnaire de réseau. Votre fournisseur peut y ajouter ses propres frais de dossier, le montant final n’est donc pas garanti à 3,60 euros.
Ce qu’il faut retenir
Le compteur ne fait pas baisser la facture tout seul — il n’a jamais été conçu pour ça. Ce qu’il apporte, c’est de la manœuvre : une puissance ajustable à distance et presque gratuitement, une option tarifaire changeable sans frais, et une visibilité sur sa consommation quotidienne.
Ce qu’il apporte aussi, c’est une contrainte nouvelle : des heures creuses redéfinies par le réseau, qu’il faudra suivre pour continuer d’en profiter.
Et puisque l’option tarifaire et la puissance sont désormais faciles à changer, la question du fournisseur redevient la seule qui demande vraiment une comparaison — voir ce que donnent les offres actuelles sur votre consommation est le point de départ le plus rapide.
Sources
- Tout savoir sur la facturation additionnelle pour l'utilisation d'un compteur non évolué — CRE — consulté le 2 août 2026
- Cour de cassation, 1re chambre civile, 9 avril 2025, pourvoi n° 23-21.311 — consulté le 2 août 2026
- Linky, Gazpar : quelles données sont collectées et transmises par les compteurs communicants ? — CNIL — consulté le 2 août 2026
- FAQ « Déplacement des heures pleines / heures creuses » — CRE, 6 février 2025 — consulté le 2 août 2026
- Enedis met en œuvre la réforme des heures creuses — Enedis, 15 octobre 2025 — consulté le 2 août 2026
- Quels frais supplémentaires si on ne dispose pas d'un compteur Linky ? — Service-Public — consulté le 2 août 2026
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