Gel des tarifs des mutuelles en 2026 : la loi que 98 % des assurés ont vu violée
La loi interdisait toute hausse en 2026. Une enquête menée auprès de plus de 4 000 assurés montre que la quasi-totalité a payé plus cher — sans régularisation.

Une loi votée fin décembre. Une promesse simple : pas un centime d’augmentation en 2026 sur votre complémentaire santé. Et pourtant, si vous avez vu votre prélèvement grimper au premier trimestre, vous n’êtes pas une exception — vous êtes dans la majorité écrasante des assurés français.
Une enquête menée auprès de plus de 4 000 personnes le confirme, chiffres à l’appui.
Ce que la loi promettait
L’article 13 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, promulguée le 30 décembre 2025, impose aux organismes complémentaires (mutuelles, institutions de prévoyance, assureurs santé) une contribution exceptionnelle de 2,05 % sur leurs cotisations santé — environ un milliard d’euros au total. En contrepartie explicite de cette ponction, le même article fixe une règle simple : pour l’année 2026, le montant des cotisations ne peut pas être augmenté par rapport à celui applicable en 2025.
Autrement dit : l’État a demandé un effort financier aux organismes complémentaires, à condition express qu’ils ne le répercutent pas sur les assurés. C’est un gel légal, pas une recommandation.
Ce qui s’est réellement passé
Entre le 23 janvier et le 20 mars 2026, l’association UFC-Que Choisir a recueilli plus de 4 271 témoignages d’assurés sur son site. Le résultat, une fois les réponses exploitables analysées :
Sur les 3 067 réponses exploitables pour un calcul de montant, la hausse moyenne constatée s’élève à 106,21 € par an, la hausse médiane à 56,50 € par an — et pour les couples, l’augmentation moyenne grimpe à 198 € par an. Plus troublant encore : 91,7 % des personnes qui ont réclamé une régularisation n’en ont obtenu aucune.
Le profil type des répondants — 66 ans de moyenne d’âge, majoritairement des retraités qui financent seuls leur complémentaire santé — recoupe presque exactement le public de ce dossier.
Comment les organismes justifient la hausse
La défense mise en avant par les fédérations professionnelles tient à un argument de calendrier : une partie des tarifs 2026 avait été notifiée aux adhérents dès décembre 2025, avant l’adoption définitive de l’amendement instaurant le gel, en seconde lecture du budget de la Sécurité sociale. Les organismes concernés estiment ne pas être liés par une interdiction dont le texte définitif leur est, selon eux, arrivé trop tard.
Les fédérations d’assureurs et de mutuelles vont plus loin : elles qualifient la mesure de « très probablement inconstitutionnelle » et d’inapplicable en pratique, un désaccord assez sérieux pour que le gouvernement ait saisi le Conseil d’État pour avis sur sa conformité légale et constitutionnelle.
Ce débat juridique, aussi réel soit-il, ne change rien à ce que vous pouvez faire aujourd’hui avec l’avis d’échéance que vous avez reçu : la loi, dans son état actuel, reste en vigueur.
Aucune sanction à ce jour
Malgré des questions parlementaires posées dès février puis avril 2026, aucune sanction ni réponse officielle du gouvernement n’a été rendue publique à ce jour. Le mécanisme de contrôle du respect de ce gel reste, en l’état, entièrement porté par les réclamations individuelles des assurés — pas par un contrôle administratif systématique.
Ce que ça change concrètement pour vous
Comparez votre échéance 2026 à celle de 2025, poste par poste si possible, pas seulement sur le montant total du prélèvement mensuel. C’est la seule preuve qui compte pour une réclamation.
Écrivez, ne téléphonez pas. Une réclamation écrite (courrier ou espace client avec accusé) laisse une trace datée, contrairement à un appel. Mentionnez explicitement l’article 13 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
Une absence de réponse ou un refus n’est pas la fin du recours. Le médiateur de l’assurance ou de la mutualité, selon le statut de votre organisme, peut être saisi gratuitement après une réclamation écrite restée sans réponse satisfaisante sous deux mois.
Et si la hausse est confirmée malgré tout ? Rien n’empêche de comparer ce que proposeraient d’autres contrats sur votre profil — voir notre article sur le droit de résilier à tout moment, qui reste votre meilleur levier si la réclamation n’aboutit pas.
Une hausse dans une tendance déjà lourde
Ce gel légal, respecté ou non, s’inscrit dans une trajectoire de hausses continues depuis plus de dix ans — de l’ordre de 2,4 à 2,6 % par an entre 2015 et 2021, puis une accélération nette : +3,4 % en 2022, +4,7 % en 2023, et un pic à +8,1 % en 2024. Sur cette période, la hausse cumulée dépasse 35 à 40 % pour un contrat individuel resté identique.
C’est ce contexte qui rend le gel de 2026 politiquement sensible — et son inapplication d’autant plus mal vécue par des assurés déjà essorés par une décennie de hausses continues.
Si votre cotisation a augmenté et que la réclamation n’aboutit pas, comparer ce que couvrirait une autre mutuelle sur votre profil réel reste le moyen le plus concret de savoir si un contrat différent, à garanties équivalentes, coûterait réellement moins cher.
Sources
- Article 13 — LOI n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 — Légifrance — consulté le 2 août 2026
- Mutuelles : malgré le gel des tarifs prévu par la loi, les hausses de cotisations explosent en 2026 — UFC-Que Choisir — consulté le 2 août 2026
- Tarifs des complémentaires santé : l'UFC-Que Choisir dénonce des augmentations généralisées — L'Argus de l'assurance — consulté le 2 août 2026
- LFSS 2026 : l'étendue et la validité du gel des tarifs de complémentaire santé en question — Capstan Avocats — consulté le 2 août 2026
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